Petite librairie-café engagée. Après quelques tentatives côté psycho-zététique… Une BD, aux côtés de celles de Liv Strömiquist et d’Emma. Masque qui colle. Aux côtés d’Ada, de Barbara Baldi, aussi. C’est joli, et on sait pourquoi j’ai tiqué.
La BD donc. Cette BD : Les filles de Salem.
Une plongée passionnante et terrifiante dans l’univers étriqué et oppressant de la colonie de Salem, en Nouvelle-Angleterre, au 17e siècle. Un village dont le nom restera tristement célèbre pour l’affaire dite des « Sorcières » qu’Abigail nous raconte, elle qui, à 17 ans, fut une des victimes de l’obscurantisme et du fanatisme religieux à l’oeuvre. Tout commence quand un jeune garçon lui offre un joli petit âne en bois sculpté…
Bon, maintenant que j’ai rendu grâce au bouquin, vous permettez que je vous agresse ?
POURQUOI faut-il toujours que le sang des femmes soit dégueulasse ? La BD reproduit ce qu’elle dénonce : la dramatisation et la diabolisation des femmes. Si c’était pour nous faire sentir la fascination répugnée des hommes de cette époque pour les femmes, c’est réussi… mais peut-être un peu trop, d’ailleurs…
C’est confusant (déso j’aime pas les anglicismes mais il n’y a pas le mot juste en français), en tant que personne qui a ses règle et qui accouche, de lire un bouquin, à la veille de mes règles, qui abonde en images de femmes qui semblent humiliées, torturées, psychologiquement et physiquement PAR LEUR CONDITION PHYSIOLOGIQUE. Des images qui me donnent, disons-le, une SALE image de moi. Sang = sale. Accouchement = sale, torture.
Mais les gars, ce qui nous torture, c’est pas notre corps, hein, c’est vous…
Quand va-t-on cesser cette litanie ? Quand arrêterez-vous de faire un focus gênant sur un processus physiologique, partiellement soulageant (oui, moi j’aime bien avoir mes règles, vois-tu) pour une partie de l’humanité ? Quand est-ce que l’on sortira des stéréotypes sur les menstruations et sur l’accouchement ?
J’avoue que le trouvant sur une étagère aux côtés de Bds d’autrices féminines, je n’ai pas pensé à vérifier si l’autrice était bien une autrice. Surprise, c’est un auteur…
Coïncidence ? Je n’en suis pas si sûre…
Je vous vois venir : « Allons bon, pourquoi taper sur un mec alors qu’on s’intéresse enfin aux femmes… »
Oui, en effet. Enfin, je ne vais pas non plus m’excuser… C’est râlant, quand même, d’être dépeintes, certes, mais MAL dépeintes… ou dépeintes dans la limite des fantasmes des garçons… C’est pire que de ne pas l’être du tout ? BOARF.
Mais je suis une personne somme toute sympathique. J’ai plongé dans cette BD. Ça veut dire que le graphisme m’a vraiment plu et j’ai été absorbée par l’histoire. Les personnages sont profonds même si très stéréotypés.
Globalement, je repars avec l’envie d’avoir cette BD. D’une part parce que je n’ai pas pu la lire en entier, d’autre part parce que ce passage de la grande histoire des Etats-Unis, Grande, Prestigieuse, Histoire des États-Unis, est effectivement un moment fascinant en terme d’absurdité humaine. Voire même, tape-à-l’œil. Oui. C’est tape-à-l’œil de décider que, après s’être exilé, s’être approprié la terre d’autrui, avoir massacré et s’être fait massacré.e par les Natifs, avoir subi épidémies et famines, oui, je dis, c’est tape-à-l’œil d’absurdité et de stupidité que de déterminer que la cause de ton malheur, c’est la présence d’une poignée de femmes probablement sorcières. Vraiment, les types n’avaient que ça à foutre d’assassiner des meufs publiquement… Donc merci d’avoir fait revivre cette histoire, ça nous manquait de nous rappeler que les humains sont cons.

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